• Jean-Baptiste Laokolé •

Jean-Baptiste Laokolé présente son ouvrage "Terre des lézards" aux élèves de 3 ème et de 1ère L

Les élèves de 3ème, Jean-Baptiste Laokolé et Hervé Madjirébaye modérateur

Un aperçu de l’ouvrage Terre des lézards par Hervé Madjirébaye

Terre des lézards est un récit autobiographique à travers lequel Jean-Baptiste Laokolé retrace son parcours sur la terre dite des lézards, allant de sa tendre enfance aux années 1990. Un parcours fait d’obstacles, de luttes et de succès, suivant trois grandes périodes de sa vie : son parcours scolaire, sa carrière dans les PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones) et sa vie politique comme diplomate et rebelle.

Né en 1936 à Bendaïdoura à l’extrême sud du Tchad, il est le troisième enfant de la troisième femme d’un laborieux paysan. Bien qu’étant choisi dès son enfance pour succéder à son père dans ses fonctions de gardien de la tradition laka-paï, Laokolé sera toutefois autorisé de fréquenter l’école des Blancs. Son parcours scolaire le mène, après la mort de son père, dans trois localités différentes : d’abord, sur place à Bendaïdoura où il apprend à lire et à écrire aux cours de catéchèse d’un évangéliste nouvellement installé dans le village, ce après que l’accès à la nouvelle école lui ait été refusé par le directeur pour des raisons inavouées ; puis, à Baïbokoum où son frère aîné réussit à l’inscrire à l’école officiel en classe de CP2, moyennant une corruption qui ne dit pas son nom ; et enfin, à Moundou où il termine le cycle primaire à l’école régionale et obtient sans difficulté son CEP (Certificat d’Études Primaires).
Triplement admis aux concours d’entrée au lycée Félix Éboué de Fort-Lamy, au collège de Bongor et à l’école des enfants de troupe de Brazzaville, il sera déclaré inapte à poursuivre ses études par un médecin et fait instituteur sans la moindre formation pédagogique. N’aimant pas l’enseignement, il désiste au bout de deux mois et se fait recruter par les PTT de Moundou qui l’envoient se former à l’école de radio électricité à Fort-Archambault, puis à Fort-Lamy où il termine sa formation avec le diplôme d’opérateur radioélectricité.
Affecté à la station radioélectricité de Moundou, quelques mois après sa prise de fonction, il informe ses supérieurs hiérarchiques sa décision d’aller au collège de Bongor poursuivre ses études, mais ceux-ci s’y opposent et lui proposent plutôt des cours par correspondance. Ce qu’il accepte malgré lui et s’y met aussi bien à Moundou qu’à Laï où il sera affecté comme receveur des PTT et chef de la station radio en remplacement d’un Blanc.

Jean-Baptiste Laokolé
Si ses chefs hiérarchiques le présentent comme un « Fonctionnaire compétent, honnête, en mesure de défendre l’éthique professionnel », à Laï comme à Kyabé et à Doba, ses prises de positions face aux autorités administratives et hommes politiques dont Ngarta Tombalbaye même vont lui coûter l’opposition des responsables logonais du Parti Progressiste Tchadien (une section locale du Rassemblement Démocratique Africain, le PPT/RDA) à la poursuite de ses études supérieures au Congo et en France ; mais, il parvient à contourner ces obstacles, grâce à l’intervention des responsables des PTT auprès de Ngarta Tombalbaye, nouvellement élu président de la République.
A la fin de ses études en France où il sort de l’école de la rue Barraud avec le grade d’inspecteur principal des administrations des P et T, il regagne le Tchad en 1967 pour être nommé directeur adjoint puis directeur en titre des P et T. Six ans plus tard, il est arrêté au commissariat central de police où on le contraint à faire une déclaration mensongère à la radio nationale contre le ministre des P et T, mais il refuse. Ce qui lui vaut six mois de détention.
Lorsque Ngarta Tombalbaye est renversé en 1975, le nouveau président, le Général Félix Maloum Ngakoutou, lui fait appel et le nomme ambassadeur. Dès lors, commence sa carrière d’ambassadeur qui le mène respectivement au Zaïre, au Burundi et en Éthiopie.

Les élèves de 3ème et Jean-Baptiste Laokolé
Après la prise de pouvoir par Hissein Habré, Jean-Baptiste Laokolé décide de rejoindre l’opposition et se met entièrement à la disposition du Comité permanant créé au Sud suite aux évènements meurtriers de février 1979 et placé sous l’autorité politique et militaire du Colonel Abdel Kader Wadal Kamougué. Il sera beaucoup de fois sollicité pour des plaidoyers à l’international, mais il connaîtra également des moments de grandes difficultés dont la période où il se fait tenancier d’une boutique d’alimentation à Brazzaville jusqu’à ce qu’Idriss Déby renverse Hissein Habré et lui fasse appel pour le nommer Secrétaire d’État au ministère des Affaires étrangères.
Au terme de ce parcours, le fils du gardien des valeurs traditionnelles et adepte de la religion protestante déclare avoir suivi le chemin qui est le sien et non celui que le destin lui aurait tracé. Ainsi peut-on dire qu’à travers Terre des lézards, Jean-Baptiste Laokolé fait une introduction au questionnement sur la place de Dieu dans la vie de l’homme et sur la responsabilité de l’homme face à son propre devenir, ce dans un contexte de pluralisme religieux et de turpitude politique pouvant être vécu ou ressenti par tout un chacun.
Madjirébaye Hervé