• Conte tchadien •

Le têtard et le vieux croco...

Il y a très longtemps où N’Djamena ne s’appelait pas encore N’Djamena, vivait un vieux croco dans les marigots de la Tchadienne… Il était énorme, vieux, dangereux à ce que racontaient les habitants, mais ceux-ci le nourrissaient de temps à autre, de loin, sans vraiment l’approcher…
Un jour, un petit têtard un peu plus curieux que les autres, s’approcha alors que le vieux monstre profitait du soleil et l’aborda :
« - As-salamu alaykum vieux Croco lui dit-il, un peu impressionné. Il dut s’y reprendre à deux fois, car la grosse bête était un peu sourde…
Celui-ci roula sur lui-même et observa ce petit bout de viande qui osait lui adresser la parole…
- Salam alaykum lui répondit-il de sa voix grave, en toussotant…
C’est toi qui viens me déranger dans mon marigot ? Tu n’as pas peur que je te croque d’un coup, comme une sucrerie pour mon goûter ?
Le petit têtard, très impressionné, lui dit de sa petite voix :
- Oui, c’est moi vieux croco, mais je ne voulais pas vous importuner… Comme vous pouvez le constater, vous n’auriez pas grand-chose à vous mettre sous la dent… On m’a dit que lorsque vous étiez plus jeune, vous étiez un nageur hors pair. Comme vous le voyez, je barbotte, je toussote, j’essaie de nager, de flotter, mais rien n’y fait, j’ai l’impression d’être comme un caillou qui va s’enfoncer au fond du Chari…
Le vieux croco, intrigué par cette audace, sourit de tous ce qu’il lui restait de dents et lui rétorqua, en s’approchant un peu trop près…
- Ecoute, petit têtard, tout le monde peut savoir nager. Moi, par exemple, il y a bien longtemps, lorsque je suis sorti de l’œuf qu’avait pondu ma mère, j’avais horreur, mais vrrrrrrraiment horreur de l’eau, du marigot, du Chari, des douches que l’on me faisait prendre… J’étais la honte de toute la bande des crocos de N’Djamena…. On me jetait à l’eau, je coulais plus vite qu’un caillou, la honte pour tous mes frères et sœurs…

Et puis un jour, alors que j’étais au fond du Chari, en train d’essayer de remonter sur la rive du Chari, j’ai croisé un vieux capitaine qui s’est esclaffé en me voyant sous l’eau et m’a dit :
- Toi là, avec ta queue, tes 4 pattes, et ton corps plat, tu joues au caillou ? Suis-moi…
Et sans savoir vraiment pourquoi, j’ai donné un coup de queue, j’ai bougé mes pattes et j’ai découvert comment glisser, nager sous l’eau, sur l’eau, et crois-moi, quel bonheur ….
Depuis ce jour, les têtards nagent comme des poissons… On raconte également que les habitants de N’Djamena aperçoivent de temps à autre, sur les rives du Chari, un énorme vieux croco entouré de centaines de petites grenouilles, mais ce n’est peut-être qu’une légende…